Par Philippe Tomeno · Thérapeute intégratif · La Croix-Valmer
"Nous répétons ce que nous ne réparons pas."
— Bruce PerryPsychiatre · Spécialiste du trauma et du développement · Auteur de What Happened to You
Vous l'avez remarqué. Ce n'est pas la même personne à chaque fois — mais c'est la même dynamique. Ce n'est pas le même contexte — mais c'est la même réaction. Vous changez de travail, d'environnement, parfois de ville — et quelque chose de familier finit toujours par refaire surface.
Certains appellent ça la malchance. D'autres, le destin. D'autres encore passent des années en thérapie à tenter de comprendre — et comprennent très bien — sans que ça change vraiment.
Ce n'est ni de la malchance, ni du destin. C'est un mécanisme. Et les mécanismes ont une logique — même quand ils semblent absurdes.
Le cerveau est une machine à patterns. Son rôle premier n'est pas de vous rendre heureux — c'est de vous maintenir en vie et d'économiser de l'énergie. Pour ça, il utilise des raccourcis : des comportements, des réactions, des façons de percevoir les situations qui ont fonctionné dans le passé et qu'il répète automatiquement.
Ces patterns se construisent tôt. Souvent dans l'enfance, dans les premières expériences relationnelles importantes. Le cerveau apprend : "dans ce type de situation, voici comment réagir." Et cette réponse, il l'encode profondément — parce qu'elle était adaptée à ce qu'il vivait alors.
Le problème, c'est que le contexte change — mais le pattern, lui, reste. Il se déclenche sur des situations qui lui ressemblent, même vaguement. Même quand la ressemblance est superficielle. Même quand conscient, vous savez très bien que la situation actuelle n'a rien à voir.
Ce n'est pas un manque de volonté. C'est un automatisme. Et les automatismes ne répondent pas aux décisions conscientes.
C'est peut-être la distinction la plus importante — et la plus difficile à accepter. Comprendre d'où vient un schéma est utile. Ça donne du sens, ça allège parfois, ça permet de ne plus se blâmer. Mais ça ne modifie pas le schéma.
Parce que le schéma n'est pas stocké dans la partie consciente du cerveau. Il est encodé dans des structures plus profondes, plus anciennes — là où la volonté et la compréhension n'ont pas d'accès direct. C'est pourquoi on peut savoir exactement pourquoi on réagit ainsi, nommer le mécanisme avec précision, et continuer à le reproduire malgré tout.
Le changement réel ne passe pas par la compréhension. Il passe par un travail qui accède à l'endroit où le schéma est encodé — et qui lui propose quelque chose de différent.
Déjà — ça allège la culpabilité. Si vous reproduisez des schémas, ce n'est pas parce que vous êtes faible, ou masochiste, ou inconscient. C'est parce que votre cerveau fait ce pour quoi il a été entraîné. Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est de la neurologie.
Ensuite — ça oriente le travail. Si comprendre ne suffit pas, c'est que le travail doit aller plus loin que la compréhension. Il doit agir là où la volonté seule ne peut pas aller. L'hypnose, l'EMDR (désensibilisation par les mouvements oculaires), le DNR (Deep Neural Repatterning), les approches systémiques permettent d'atteindre ces couches profondes — et de proposer au système une expérience différente de celle qui a créé le schéma.
Ce n'est pas une promesse de transformation instantanée. C'est une façon de travailler à l'endroit où le changement est possible.
Et malgré tout ce qu'on a compris — quelque chose continue de revenir. Pas par entêtement. Parce que personne n'a encore travaillé à l'endroit où ça s'est fixé.
Les schémas répétitifs ne sont pas permanents. Le cerveau a une plasticité remarquable — même à l'âge adulte. Ce qui a été encodé peut être modifié, à condition de travailler au bon niveau et avec les bons outils.
Ce travail ne ressemble pas à une analyse. Il ne demande pas des années de reconstitution de l'histoire. Il demande d'aller au contact du schéma — de le sentir, de voir ce qu'il protège, et de lui proposer une réponse différente. Une expérience nouvelle, encodée différemment.
Beaucoup de personnes sont surprises par la rapidité avec laquelle quelque chose peut se modifier — une fois qu'on travaille au bon endroit.
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Les schémas répétitifs sont des réflexes relationnels et émotionnels encodés tôt — souvent dans l'enfance ou l'adolescence. Ce ne sont pas des hasards ou de la malchance. Ce sont des automatismes qui recréent les conditions familières, même inconfortables, parce que le système nerveux les reconnaît comme un territoire connu.
La compréhension seule ne suffit généralement pas. Le schéma vit en dessous du niveau conscient — il faut intervenir à ce niveau pour le modifier. L'hypnose, l'EMDR / DNR et la PNL (Programmation Neuro-Linguistique) permettent d'accéder à la structure du schéma et de la modifier à sa source.
Souvent, mais pas toujours. Beaucoup de schémas s'ancrent dans des expériences précoces — façons d'être aimé, de gérer l'imprévisibilité, de se protéger. Mais ils peuvent aussi se former plus tard, notamment après un trauma ou une période prolongée de stress intense. L'origine importe moins que la structure — et c'est sur elle qu'on intervient.
Cela dépend de l'ancienneté et de la profondeur du schéma. Certains changements significatifs émergent dès les premières séances. Un travail plus profond peut s'étendre sur plusieurs semaines. Un premier entretien permet d'évaluer ce qui est en jeu et d'estimer le temps nécessaire.